Par Yanick Péloquin,
Agent de développement,
Coalition des associations de consommateurs du Québec (CACQ)

 

Dans le cadre de la campagne « Des communautés plus futées que le crédit », il est bon de regarder la provenance du terme « communauté ». L’étymologie du latin communis , lui-même construit avec cum « ensemble » et munus « charge, dette : charges partagées, obligations mutuelle » Yann Tremblay-Marcotte témoigne d’une initiative auto-organisée et gérée dans un petit réseau d’amis, parce qu’une communauté n’a pas besoin d’être nécessairement nombreuse. Ensemble, ils se donnent les moyens d’améliorer leur mobilité.

« Même si Montréal a des transports en commun accessibles, la voiture peut être nécessaire pour les sacs d’épicerie encombrants, le transport de boîtes, les visites à de la famille hors Montréal. »

– Yann Tremblay-Marcotte, étudiant et travailleur dans le milieu communautaire. 

 

C’est dans ce contexte que tout finit par baigner dans l’huile pour quatre amis, et ce, quasi littéralement. Ces amis sont Marie-Pier, Claude et Maxime, tous les trois membres d’une colocation dont fait partie Yann. Ils ne roulent pas sur l’or, ce qui rend à ce moment précis l’occasion de rouler en voiture onéreuse. Un jour, une parente de Marie-Pier lui fait don d’une Toyota Tercel 2003. Marie-Pier tenait à la partager avec ses trois amis. La Toyota était encore en condition de servir quoiqu’elle perdait continuellement un peu de son huile. C’est pourquoi le Groupe des 4 (Marie-Pier et les colocs) l’a baptisée : « La Huileuse ».

Le Groupe des 4 s’est organisé selon les ressources communes et particulières : un agenda Google servira à coordonner l’utilisation de la Huileuse, et les dépenses pour l’essence, l’entretien et –bien sûr- le changement d’huile seront répartis équitablement selon les fréquences d’utilisation de chacun. Pendant près de deux ans, elle a servi à rouler à moindre coût pour le Groupe des 4 auquel s’est ajoutée éventuellement une cinquième personne.

« Nous faisions le partage entre gens que nous connaissions. Nous avons loué quelquefois la voiture et l’argent était ensuite réinvesti dans l’entretien de celle-ci. Même chose quand l’un de nous l’utilisait dans le cadre de son emploi et se faisait rembourser l’utilisation. »

Yann spécifie qu’il est important –outre la confiance entre partenaires- d’être organisés et de mettre d’emblée au clair la répartition des dépenses.

Trop beau pour être vrai? Aucun bâton dans les roues? Aucune tache d’huile dans l’eau? Yann ne se souvient pas d’incidents navrants pendant le temps où le Groupe des 4 (devenu 5) a tiré profit de son système de transport communautaire. Par contre, il a remarqué que l’aspect technologique de Google Agenda n’était pas familier pour tout le monde. Le concept du Groupe est à la portée de personnes de tous les milieux et de toutes les générations à condition de l’adapter selon les forces et les connaissances de ses bénéficiaires.

Ainsi, Yann et ses comparses ont expérimenté l’initiative communautaire dans sa forme la plus simple : ensemble pour un partage responsable et profitable. La créativité et la solidarité sont des qualités éprouvées pour se donner accès à un transport en harmonie avec ses propres besoins. La communauté sera toujours plus futée que le crédit parce qu’elle est active pour le bien commun et qu’elle jouit des potentialités de chacun de ses membres, et ce, peu importe sa taille. S’organiser collectivement peut se faire à petite échelle, et le groupe des 4 est un exemple de succès.